Le Sénégal traverse une épreuve qui nous oblige à regarder la vérité en face. Nos universités, ces temples du savoir, ces lieux censés protéger l’intelligence et l’avenir, sont devenues le théâtre d’une fracture profonde entre l’État et sa jeunesse. Tout est parti d’une revendication simple. Des bourses impayées. Des mois d’attente. Des étudiants livrés à eux-mêmes dans un contexte économique déjà insoutenable.
Pendant que certains discutent de chiffres macroéconomiques, des jeunes se demandent comment se nourrir. Pendant que l’on parle de rupture, des étudiants organisent des journées sans tickets pour rappeler qu’ils existent.
Et que répond-on à la détresse ? La fermeture des restaurants universitaires. La faim comme réponse à la revendication. La force comme réponse au dialogue.
Puis, l’irréparable. Un étudiant. En deuxième année de médecine. Un fils. Un espoir. Un pilier pour sa mère.
On raconte qu’il disait : « Ma mère ne compte que sur moi. ». Dans cette phrase, il y a tout le drame d’une génération. Une jeunesse qui porte des familles entières sur ses épaules. Une jeunesse qui croyait au changement. Une jeunesse qui a soutenu, défendu, espéré.
Et aujourd’hui, cette même jeunesse serait manipulée ? Hier, leur combat était légitime. Aujourd’hui, il serait politique. Hier, on disait comprendre leur colère. Aujourd’hui, on la disqualifie. Quelle cohérence peut survivre à une telle contradiction ?
Le plus alarmant n’est pas seulement la tension. C’est le silence. C’est l’absence de reconnaissance immédiate de la gravité des faits. Comme si la vie d’un étudiant ne suffisait pas à imposer un sursaut moral.
Nous sommes indignés. Mais notre indignation n’est pas haine. Elle est exigence. Exigence de vérité. Exigence de responsabilité. Exigence de justice.
Le Sénégal que nous aimons n’est pas celui où l’on pénètre dans les enceintes universitaires comme dans un champ d’affrontement. Le Sénégal que nous aimons est celui de la téranga, du dialogue, du respect des franchises universitaires, du courage politique face à l’erreur.
Un régime porté par la jeunesse ne peut se permettre de l’humilier. Un pouvoir qui parle de rupture ne peut reproduire les méthodes qu’il dénonçait hier. Car on ne change pas un pays avec les mêmes pratiques en espérant des résultats différents.
Notre soutien est clair : Soutien aux étudiants qui réclament leurs droits. Soutien aux familles éprouvées. Soutien à la jeunesse sénégalaise qui refuse d’abandonner son avenir.
Et notre message est tout aussi clair : Cesser de traiter la détresse comme une manipulation. Cesser de transformer la revendication sociale en accusation politique. Cesser de banaliser l’inacceptable.
L’histoire jugera. Elle jugera ceux qui auront choisi l’écoute. Elle jugera ceux qui auront choisi la confrontation. Elle jugera surtout notre capacité collective à protéger notre jeunesse.
Le Sénégal n’a pas besoin de vainqueurs contre ses étudiants. Il a besoin de dirigeants capables de se hisser à la hauteur de leur espérance. Parce qu’un pays qui blesse sa jeunesse blesse son avenir. Le Sénégal mérite mieux. Sa jeunesse mérite justice. Et l’espoir ne doit jamais mourir dans une université.
Mame Moussa THIAM
Ancien Président de l'UFR SET de l'université de Thiès













