Un adolescent, seul dans sa chambre, les yeux rivés sur un écran. Défilent des images d’argent facile, de succès instantané, de vies artificiellement parfaites. Il les voit… et il y croit.
Le smartphone devient la mer dans laquelle il plonge chaque jour, sans balises ni repères. Contre-valeurs et illusions s’infiltrent sans débat ni contradiction. Pour lui, nous autres les “quasi amortis” sommes old-school.
Hier, notre boussole était l’effort, le savoir, l’excellence. Aujourd’hui, l’extravagance s’impose comme norme et le bruit comme preuve de succès. Le danger est silencieux : peu à peu, l’écran remplace le parent et nos enfants se noient dans cette mer en miniature.
Le cerveau humain, système naturel le plus puissant jamais conçu par le Créant Maître des mondes, se façonne là où se pose l’attention. Quand l’écran impose son rythme, l’esprit se laisse modeler par des images et des désirs qui ne lui appartiennent pas.
Il ne s’agit pas d’arrêter la mer, mais d’apprendre à naviguer. Encadrer, guider, orienter. Car une mer sans balises n’est jamais neutre. À l’échelle mondiale, certains contrôlent déjà l’attention. À force d’exposition, l’habituation devient accoutumance ; l’attachement rogne la liberté intérieure. Quand le paraître devient loi, l’être se tait. Le cerveau devient territoire occupé.
Le combat commence dans la famille, qui perd hélas sa fonction de cocon. Accompagner avant de laisser faire, expliquer avant d’autoriser, orienter avant de déléguer : voilà le syllabus familial à réapprendre. Mais la famille seule ne suffit pas.
L’État doit promouvoir, y compris par des moyens financiers, des contenus éducatifs, culturels et citoyens. La science doit servir le développement, protéger la morale et éclairer la spiritualité.
S’ajoute désormais le défi de l’intelligence artificielle. Porteuse d’opportunités immenses pour l’éducation et la créativité, elle peut devenir instrument de manipulation si elle est livrée sans éthique ni encadrement. La responsabilité des élites est immense face à cette transition assimilable à un Big Bang.
L’enjeu est clair : faire du numérique un allié de l’esprit, et non son maître. Empêcher la noyade silencieuse de nos enfants est une urgence morale, éducative et spirituelle.
Il reste heureusement l’espoir d’un adolescent guidé, conscient, capable de dompter le smartphone et l’intelligence artificielle plutôt que de s’y soumettre. Il pourra transformer ces outils en instruments humains au service du développement du Sénégal et de la construction d’une puissance africaine.
Là où d’autres voient une mer déchaînée, il nous faut discerner des courants à orienter, des opportunités à apprivoiser, un futur à bâtir. À nous de donner à nos enfants les cartes, les repères et le courage pour devenir maîtres de leur esprit et bâtisseurs de leur maison, de leur pays, de leur continent.
Plus que prévenir la noyade collective, il s’agit de leur apprendre à nager en valeurs humaines dans ce monde numérique irréversible. Nager avec nos valeurs pour éviter le naufrage culturel qui menacerait tous y compris nous les old-school.
Mamadou NDIONE
Économiste Écrivain
Maire de DIASS